En bref :
- 🔎 Commandement de payer : acte préalable indispensable, formalisme strict et délai de six semaines pour les baux visés par la loi de 2023. ✅
- ⚖️ Saisine du juge : l’assignation saisit le tribunal ; le juge peut constater la résiliation, accorder des délais ou suspendre l’expulsion. 🏛️
- ⏳ Phase d’exécution : après jugement, un commandement de quitter les lieux ouvre un délai de deux mois avant toute expulsion forcée. 🚪
- 🛡️ Mécanismes de protection : délais de grâce, trêve hivernale (1er nov – 31 mars) et aides (FSL, associations) permettent au locataire de se reloger. 🤝
- 🧾 Précautions : respecter le formalisme (mentions obligatoires), éviter l’expulsion sans décision judiciaire : risques pénaux et nullité des actes. ⚠️
Par Camille Barbier, fleursetsentiments.fr — Un guide pratique et juridique pour comprendre chaque étape de la procédure d’expulsion d’un locataire, en insistant sur les formalités, les droits et les erreurs à éviter pour le bailleur comme pour l’occupant.
Procédure d’expulsion : le rôle central du commandement de payer et ses exigences
La première étape de toute procédure d’expulsion pour loyers impayés est le commandement de payer. Cet acte doit être signifié par un commissaire de justice et respecte un formalisme strict, faute de quoi il peut être frappé de nullité. Pour illustrer le propos, imaginons le fil conducteur suivant : M. Leclerc, propriétaire d’un petit appartement parisien, découvre plusieurs mois d’impayés de la part de son locataire, Sophie. Avant toute saisine du tribunal, il mandate un commissaire de justice pour délivrer un commandement de payer.
Le commandement doit comporter des mentions obligatoires : le montant du loyer et des charges, un décompte précis de la dette, l’avertissement qu’une procédure de résiliation et d’expulsion peut être engagée, et l’information sur la possibilité de saisir le Fonds de Solidarité Logement ou de demander des délais de grâce au juge. Ces mentions ne sont pas accessoires ; la jurisprudence rappelle qu’une irrégularité de forme peut entraîner la nullité de l’acte si le locataire démontre un grief (Cass. 3e civ., 29 juin 1994).
Depuis la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, pour les baux conclus après l’entrée en vigueur de cette loi, le locataire dispose d’un délai de six semaines à compter de la signification du commandement pour régulariser sa situation. Attention : la Cour de cassation a précisé que ce délai s’applique uniquement aux baux conclus postérieurement à l’entrée en vigueur de la loi (Cass. avis, 13 juin 2024). Les baux antérieurs restent soumis aux modalités contractuelles en vigueur au moment de leur conclusion.
Il importe aussi de vérifier l’identité et la qualité du signataire du commandement. Lorsqu’un bailleur personne morale est dépourvu de représentant légal, le commandement peut être frappé d’une nullité de fond insusceptible de régularisation (Cass. 3e civ., 4 janvier 2006). De même, le juge peut relever la péremption d’un commandement signifié hors délai raisonnable ou après une inaction prolongée (Cass. 2e civ., 21 mars 2019).
Exemple concret : M. Leclerc s’assure que le commandement de payer précise le détail des mois impayés, mentionne le FSL et rappelle le délai de six semaines. Il conserve la preuve de la signification par commissaire de justice. Si Sophie conteste la validité du commandement, le tribunal examinera si un grief sérieux est démontré.
Enfin, l’acte préalable n’a pas seulement une portée procédurale : il vise à concilier le droit de propriété et la protection du locataire, principe cher au droit immobilier français. Respecter scrupuleusement ce formalisme réduit le risque de nullité et prépare la phase suivante, la saisine du juge. Insight clé : un commandement bien rédigé est la clef d’entrée vers une procédure légale solide.

Assignation et audience : comment fonctionne la saisine du juge et la décision judiciaire
Si le commandement de payer reste sans effet à l’expiration du délai applicable, le bailleur peut engager la procédure judiciaire par voie d’assignation. L’assignation saisit le tribunal compétent — généralement le tribunal judiciaire — et convoque le locataire à une audience où seront examinées les demandes de résiliation du bail et d’expulsion. Prenons la suite de notre fil conducteur : M. Leclerc mandate un avocat pour rédiger l’assignation après l’échec des tentatives amiables avec Sophie.
Le délai entre l’assignation et l’audience varie selon l’encombrement des juridictions : il faut compter généralement de deux à quatre mois, mais des variations peuvent exister. Lors de l’audience, le juge peut constater l’acquisition de la clause résolutoire prévue dans le bail et prononcer la résiliation du contrat. La Cour de cassation a répété que, lorsque le bail contient une clause résolutoire et que le défaut invoqué la réalise, le juge ne peut s’y substituer pour écarter l’acquisition de la clause (Cass. 3e civ., 5 octobre 2017).
Pour autant, le juge dispose d’un pouvoir d’individualisation : il peut accorder des délais de paiement si le locataire est en mesure de régler sa dette selon un échéancier réaliste. L’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 permet au juge d’accorder des délais dans la limite de trois ans lorsque la situation financière du locataire le justifie. La jurisprudence rappelle que ce dispositif, issu de la loi ALUR, s’applique immédiatement aux contrats en cours (Cass. avis, 16 février 2015).
Il est important de noter que le locataire peut solliciter à tout moment un étalement du paiement ou la suspension des effets de la clause résolutoire. La Cour de cassation a d’ailleurs étendu récemment le pouvoir du juge en rappelant que cette suspension peut concerner non seulement les impayés, mais aussi d’autres manquements du locataire (Cass. 3e civ., 6 février 2025). Ainsi, même si le juge constate la résiliation, il peut aménager les modalités d’exécution de la décision.
Exemple pratique : lors de l’audience, Sophie présente un projet d’échelonnement et des justificatifs d’aide sociale. Le juge peut ordonner un échéancier sur plusieurs mois ou années, lorsqu’il estime que le débiteur est de bonne foi et que le plan est réaliste. À défaut, le juge rend un jugement ordonnant l’expulsion, lequel sera signifié pour devenir exécutoire.
Enfin, l’assignation et le jugement doivent être soigneusement documentés : toute omission ou vice de forme peut être soulevé comme moyen de défense. Le respect de la procédure permet d’éviter des retards inutiles et sécurise les droits de chacune des parties. Insight clé : la saisine du juge offre à la fois le moyen d’obtenir un titre exécutoire et une fenêtre pour négocier des solutions pratiques.
Exécution du jugement : commandement de quitter les lieux, délais et intervention de la force publique
Après un jugement d’expulsion devenu exécutoire, la phase d’exécution débute par la délivrance d’un commandement de quitter les lieux par le commissaire de justice. Le Code des procédures civiles d’exécution fixe des règles précises : en particulier, l’article L. 412-1 dispose qu’un délai de deux mois doit s’écouler entre ce commandement et la mise à exécution effective si l’expulsion porte sur un lieu habité. Dans notre fil conducteur, M. Leclerc reçoit la signification du jugement et le commissaire lui remet le commandement de quitter les lieux à notifier à Sophie.
Ce délai de deux mois vise à ménager un temps minimal pour le relogement. Le juge peut toutefois faire abstraction de ce délai si la mauvaise foi du locataire est établie ou si l’accès au logement a été obtenu par voie de fait. La jurisprudence a par ailleurs rappelé qu’il n’existe pas de délai maximal légal entre la délivrance du commandement et l’acte d’expulsion : l’exécution peut donc intervenir longtemps après, selon les circonstances (Cass. 2e civ., 13 mai 2015).
Pour procéder matériellement à l’expulsion, le commissaire de justice peut solliciter le concours de la force publique auprès du préfet. Le préfet dispose de deux mois pour répondre à cette demande ; en cas de refus ou de silence, la responsabilité de l’État peut être engagée et le bailleur peut prétendre à réparation du préjudice subi (art. L. 153-1 du Code des procédures civiles d’exécution). Ce mécanisme illustre la mise en balance du droit de propriété et des considérations d’ordre public.
La trêve hivernale ajoute une couche de temporisation : elle suspend l’exécution des expulsions non exécutées à la date du 1er novembre jusqu’au 31 mars suivant (art. L. 412-6). Pour la période 2025-2026, la trêve s’étend du 1er novembre 2025 au 31 mars 2026 inclus. Toutefois, la trêve n’est pas absolue : des exceptions existent — relogement proposé, violences conjugales avec ordonnance de protection, squats introduits par voie de fait, immeuble déclaré dangereux, ou logement étudiant ne remplissant plus les conditions d’occupation (art. L. 412-7).
Le non-respect de la trêve hivernale par un bailleur constitue une infraction pénale sévèrement sanctionnée (article 226-4-2 du Code pénal) : les peines peuvent aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Ainsi, même lorsque le bailleur a obtenu un titre exécutoire, il doit patienter ou suivre les voies légales pour demander la levée des sursis d’expulsion en cas de circonstances particulières.
Exemple pratique : M. Leclerc veut intervenir en janvier, mais Sophie est protégée par la trêve hivernale ; il doit donc attendre la fin mars pour demander le concours de la force publique, sauf si un relogement adapté est proposé entre-temps. Insight clé : l’exécution combine délais légaux et vérifications administratives, rendant indispensable une anticipation et une collaboration avec les autorités compétentes.
Mécanismes de protection, aides et outils pratiques pour le locataire et le bailleur
La procédure d’expulsion n’est pas uniquement coercitive : elle comporte plusieurs mécanismes visant à protéger le locataire vulnérable et à favoriser des solutions de relogement. Les dispositifs essentiels sont les délais de grâce, le Fonds de Solidarité Logement (FSL) et l’intervention d’aides sociales locales. Dans l’exemple, Sophie peut solliciter un étalement des paiements et une aide du FSL pour éviter l’expulsion.
Les articles L. 412-3 et L. 412-4 du Code des procédures civiles d’exécution prévoient que le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants expulsés lorsque le relogement ne peut se faire dans des conditions normales. Ces délais sont compris entre un mois et un an et tiennent compte de la situation de chaque partie : santé, âge, situation familiale, et démarches accomplies pour se reloger. Le juge apprécie souverainement l’opportunité d’accorder ces délais.
Le FSL peut intervenir pour financer, selon les règles locales, des aides au paiement du dépôt de garantie, des dettes de loyers ou des frais de relogement. Les conditions d’accès varient selon les départements et les agences départementales pour l’information sur le logement (ADIL) peuvent orienter les locataires. Les organismes comme la CAF ou les associations locales (Secours Catholique, Emmaüs, etc.) jouent un rôle clé dans l’accompagnement pratique.
Voici un tableau synthétique (utile pour bailleurs et locataires) récapitulant acteurs, délais et possibilités d’intervention :
| Étape 🚩 | Acteur 🤝 | Délai / Pouvoir ⏱️ |
|---|---|---|
| Commandement de payer 📝 | Commissaire de justice 🔏 | 6 semaines (pour baux post-2023) ⏳ |
| Assignation ⚖️ | Tribunal judiciaire 🏛️ | Audience en 2–4 mois (variable) 📆 |
| Commandement de quitter 🚪 | Commissaire de justice / Préfet 👮 | 2 mois avant exécution ; concours préfet 2 mois 🕒 |
Liste pratique pour le locataire (que Sophie pourrait suivre) :
- 📄 Contester la validité d’un commandement de payer en présence de vices de forme.
- ☎️ Contacter la CAF, la Mairie, ou une association pour solliciter le FSL.
- 📅 Demander au juge des délais de paiement au vu de justificatifs sérieux.
- 🔍 Chercher un hébergement transitoire pendant la trêve hivernale si nécessaire.
Pour le bailleur, les bonnes pratiques incluent la vérification des mentions du commandement, l’usage d’un avocat si la situation est complexe, et la coordination avec le commissaire de justice avant de solliciter la force publique. Insight clé : associer prévention et recours aux aides publiques réduit largement les risques et facilite une sortie de crise équilibrée.
Erreurs fréquentes, bonnes pratiques et checklist pour sécuriser la procédure légale
Nombre de litiges proviennent d’erreurs formelles ou de tentatives d’auto-exécution. Le propriétaire doit éviter de se substituer à la justice et suivre scrupuleusement la procédure. Voici une liste de points à vérifier systématiquement, utile à M. Leclerc comme à tout bailleur :
- 🔒 S’assurer que le commandement de payer est signé et signifié par un commissaire de justice compétent.
- 🧾 Vérifier la présence de toutes les mentions obligatoires (montant du loyer, décompte de la dette, informations sur le FSL et la possibilité de demander des délais).
- ⚖️ Ne pas procéder à une expulsion sans jugement exécutoire : cela constitue une infraction pénale.
- 📑 Conserver toutes les preuves de signification et de courriers échangés ; elles seront utiles en cas de contestation.
- 🔍 Si le bailleur est une personne morale, s’assurer de la qualité du représentant légal pour éviter une nullité de fond.
Checklist pratique pour le bailleur avant toute saisine :
- ✅ Avoir délivré un commandement de payer conforme.
- ✅ Attendre l’expiration du délai légal (6 semaines ou délai contractuel).
- ✅ Réunir pièces justificatives (baux, quittances, échanges).
- ✅ Considérer une tentative de médiation ou de plan d’apurement pour gagner du temps.
Exemples d’erreurs fréquemment sanctionnées :
• Omettre la mention du montant des charges ou du décompte précis dans le commandement, permettant au locataire de soulever un grief.
• Signifier un acte par un tiers non habilité ou dont la qualité n’est pas établie, entraînant une nullité.
• Tenter une expulsion par la volonté propre du bailleur (changement de serrures, enlèvement des meubles), acte pénalement répréhensible.
En cas de difficulté, l’assistance d’un avocat spécialisé en droit immobilier ou la consultation d’une ADIL est recommandée pour sécuriser la démarche. Les bonnes pratiques administratives et humaines — information, transparence, recherche d’un relogement — permettent souvent d’éviter le recours à la force publique et d’aboutir à une solution durable.
Insight clé : la rigueur procédurale combinée à l’anticipation des aides sociales réduit le coût humain et financier d’une expulsion.
Quelles mentions obligatoires doivent figurer dans le commandement de payer ?
Le commandement doit préciser le montant du loyer et des charges, le décompte de la dette, l’avertissement relatif à la résiliation du bail et l’information sur la possibilité de saisir le Fonds de Solidarité Logement ou de demander des délais de paiement au juge.
Quel est le délai entre le commandement de payer et la saisine du juge ?
Le locataire dispose, selon les baux conclus postérieurement à la loi de 2023, d’un délai de six semaines pour régulariser. À l’expiration, le bailleur peut assigner le locataire en justice.
La trêve hivernale bloque-t-elle toutes les expulsions ?
La trêve (1er novembre – 31 mars) suspend l’exécution des expulsions non exécutées à la date du 1er novembre, mais comporte des exceptions (relocation proposée, violences conjugales, squats, immeuble dangereux, etc.).
Que faire si le préfet refuse de prêter le concours de la force publique ?
En cas de refus ou de silence du préfet dans les deux mois, la responsabilité de l’État peut être engagée et le bailleur peut demander réparation du préjudice subi.







